Comment je suis devenue propagandiste pour Vladimir Poutine

Chapitre 5 (imprévu) – Extra! Extra! La conspirationniste propagandiste

Au tournant des années 1980, juste avant le hit Double Vie de Richard Séguin

Je l’ignore au moment où tout commence, fin 1970 début 1980, dans un bungalow au sous-sol pas fini de Baie-Comeau, sur cette chose qui semble à première vue bien inoffensive :

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Ne vous fiez pas aux apparences. C’est sur cette machine bleu poudre avec une poupée au visage caché que je ferai mes premières armes. Derrière ce hobby très sain qu’est l’écriture, sous les touches « e », « s », « p » « i », on ne peut la déceler, mais elle est là, cette force de résistance tranquille qui deviendra un véritable vaisseau fantôme et passera sous les radars afin de pénétrer les cerveaux des faibles d’esprits pour ensuite, tel un Exxon Valdez, répandre lentement ses théories conspirationnistes dans l’océan de leurs pensées.

Ne sous-estimez jamais le pouvoir d’une catin qui se cache la face.

Je commence à écrire sur cette machine avant même de savoir comment. Je ne sais pas quel âge j’ai quand j’écris ma première histoire, celle d’un méchant coq qui crache sa boucane de cigare dans la face de son pauvre petit poussin. Plagiat total d’un cartoon de Disney dont l’image me restera gravée dans la mémoire. Déjà, je répète les paroles des autres en prétendant en être l’auteure. Mauvais augure qui se concrétisera en sombre destin de traître à la patrie, puisque, comme la poupée sur ma première machine à écrire, je cacherai moi aussi un jour mon vrai visage.

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Sergei Koulikov

Quelques années plus tard, un petit sac de Yum Yum à 35 cennes en coûtera déjà 45-50, j’irai patiner en rond à l’aréna sur du Dead or Alive – dont le chanteur sera dead not alive quand j’écrirai ces lignes – , je jouerai passionnément au hockey sur table avec mon frère Max durant les annonces de Lance et Compte en me demandant si Sergei va ou non passer à l’Ouest, tout en ignorant que je passerai moi-même plus tard à l’Est pour servir l’homme qui à cette époque n’est pas encore devenu le chef des services secrets russes, le fameux Vladimir Poutine, (Vlad pour les intimes).

Je l’ignorerai jusqu’à ce que, exilée, full relaxe dans mon 6 ½ payé par le gouvernement communiste chinois, je le lise dans le Washington Post.

24 novembre 2016

« Ah ben simonac ! J’ai travaillé pour les Russes pis je le savais même pas !!! »

Le site pour lequel j’ai travaillé pendant 6 ans, Global Research/Mondialisation.ca (GR), figure sur une longue liste de sites web indépendants qui, écrit-on dans le WaPo, sont à la solde de Vladimir Poutine. Ces sites indépendants ont ceci en commun qu’ils osent publier des articles provenant de sites ouvertement financés par le gouvernement russe et/ou qui ont juste le malheur d’être russes, ou qui, sans avoir de liens avec la Russie, ne font que contredire le discours occidental dominant.

Cette liste est, à juste titre, qualifiée de maccarthyste par plusieurs.

Le WaPo tire ses informations d’un site anonyme justifiant son anonymat par la peur de représailles du gouvernement russe. Ce site mystérieux, PropOrNot, où des incognitos affirment que les Russes financent un tel pis l’autre qui critiquent ouvertement la propagande occidentale, n’est sûrement pas financé par les States, lui…

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Ça sent vraiment beaucoup l’astroturfing.

Bande de losers.

Faut vraiment être rendu au fond du baril pour sortir des conneries pareilles ! Quand je travaillais pour GR, je me faisais régulièrement accuser d’être sur le payroll à Poutine, mais je n’ai jamais reçu une cenne des Russes ! Attends… c’est faux.

J’ai déjà reçu 120 piasses.

4 avril 2013

J’ai écrit un article pour RT (Russia Today), From Afghanistan to Syria: Women’s Rights, War Propaganda and the CIA, et ils m’ont payée, un peu comme Rad-Can paye ses journalistes. Vous pouvez lire le texte en français ici : De l’Afghanistan à la Syrie : Droits des femmes, propagande de guerre et CIA.

18 décembre 2016

Que RT soit financé par le gouvernement russe n’est pas un secret, et le réseau ne s’en est jamais caché comme vous pouvez lire dans cet article de 2011 où l’on répond ouvertement aux critiques sur son financement étatique. Il faut être vraiment mal informé pour prétendre qu’il s’agit d’un secret fraîchement révélé au grand jour par un nébuleux groupe anonyme propulsé au sommet de la gloire par le Washington Post, dont le proprio, soit dit en passant, a signé il y a quelques années un lucratif contrat de 10 ans avec la CIA (600 millions !).

RT c’est comme Rad-Can, la CBC, la BBC, PBS, Radio France, TV5, you name it : un réseau public avec un point de vue biaisé.

J’aurais bien voulu que mon texte soit publié par Radio-Canada, mais Radio-Canada ne publie pas les gens comme moi qui en ont marre de la foutue propagande de guerre de l’OTAN déguisée en sauvetage humanitaire et la décortiquent en la mettant face aux faits pour démontrer qu’on se fait bullshiter, jour après jour, guerre après guerre.

Radio-Can ne publie pas ce genre de textes, même s’ils contiennent des faits, des documents officiels, des témoignages crédibles et sont exempts de termes appartenant au clergé.

Radio-Canada, tout comme La Presse et le Journal de Montréal, ne publie pas les gens qui n’analysent pas le monde à travers le prisme tordu de la propagande occidentale, et les seuls refuges de ces insoumis sont la presse indépendante ou les médias financés par un « ennemi » de l’Amérique.

Ça en dit long sur ce monde soi-disant libre avec une presse supposément libre et indépendante, et ça prouve une chose : il existe une règle non-écrite interdisant de contredire la pensée unique des médias dominants en ce qui a trait à la politique étrangère occidentale.

Dommage pour ceux qui ne veulent pas de mes textes, celui publié par RT a été partagé plus de 15 000 fois en français et en anglais sur GR. 30 000 partages, ça veut dire beaucoup de clics sur ton site. Tant pis pour toi.

*

Vendredi, 26 octobre 2012, 8:35

Je reçois un courriel à’ job : « Le site de mondialisation.ca est de plus en plus consulté. Des journalistes de Radio Canada le découvrent et ouvrent les yeux. »

mrxAh ouin ? Je demande à la personne qui m’écrit comment elle sait ça. « Vous travaillez là-bas ou vous connaissez des journalistes qui y travaillent ? » Elle me répond juste que Monsieur X (Hein ?! Lui ?!? Eh ben !), une très, mais alors là très grosse tête radio-canadienne, est un de nos lecteurs et qu’il est important « de protéger ses contacts ».

Ah ben ! Salut Monsieur X 🙂

Mars 2015

Je reçois un appel à’ job d’un certain Alberto Rabilotta. L’histoire qu’il allait me raconter est assez fascinante, pour ne pas dire troublante : « l’appareil de propagande de l’OTAN […] (Radio Europa Libre/Radio Libertad –REL/RL-, La Voz de las Américas –VOA –, etcétéra) » s’est réuni discrètement à Montréal dans les années 1970 afin de discuter d’“une nouvelle stratégie” de lutte idéologique contre l’URSS et autres pays socialistes ». Les grands médias québécois, me dit-il, assistaient à cette réunion discrète, pour ne pas dire secrète, et pour laquelle, à sa grande surprise, on lui a accordé une accréditation de presse suite à un premier refus.

Rabilotta collaborait à l’époque avec Prensa Latina et écrivait pour les journaux mexicains El Día et Excélsior. L’histoire qu’il me raconte de vive voix, il l’a détaillée dans un article le

19 janvier 2015

Depuis quand les Etats-Unis et l’OTAN commanditent-ils le terrorisme ? L’article mérite d’être lu en entier, mais voici l’extrait important pour le contexte futur :

La dite rencontre fut en réalité une longue énumération de présentations des responsables des lignes informatives et éditoriales de ces radios, en particulier de la VOA et de REL/RL, qui (pour employer un langage actuel) déterminèrent comment bâtir la trame et la crédibilité de la propagande contre l’URSS et le communisme, et de fait, contre tous les pays qui, à cette époque, réclamaient une réelle indépendance, un nouvel ordre économique mondial, et la fin du racisme et des discriminations raciales sous toutes leurs formes. Qui assumaient des positions anti-impérialistes et donc, étaient perçus comme des alliés de l’URSS […]

La nouvelle offensive idéologique de l’empire, et le contenu de sa propagande, selon les idéologues de l’appareil propagandiste de l’OTAN, devaient atteindre des populations ciblées et s’y enraciner : les musulmans et les nationalistes radicaux de certaines régions d’URSS et autres pays socialistes ; les sionistes juifs (les refusenik) russes qui voulaient émigrer en Israël et les catholiques conservateurs des pays de la Baltique, Pologne et autres.

Le but poursuivi, dans ces sociétés socialistes sécularisées était d’alimenter –pour ensuite financer et structurer – la « renaissance » des croyances et pratiques religieuses radicales afin qu’elles entrent en conflit ouvert avec la société et le pouvoir politique, et de provoquer des revendications ou des contradictions dans les sociétés ou régions où existaient des nationalismes susceptibles de déboucher sur des mouvements séparatistes, ce qui supposait, préalablement de créer des situations de confrontation civiles, policières et même militaires.

Cette rencontre, où l’on aurait discuté de règles non-écrites, demeurera pour M. Rabilotta, « une clef importante à [s]a compréhension et [son] analyse de la propagande et des objectifs politiques de l’impérialisme ».

18 décembre 2016

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Zbigniew Brzezinski*

A-t-elle réellement eu lieu, cette rencontre ? Bien que j’aie toutes les raisons de croire M. Rabilotta, je n’ai aucune preuve que cette rencontre a eu lieu et j’ai besoin de preuves ou d’autres témoignages de journalistes qui ont assisté à cette rencontre pour pouvoir confirmer qu’elle a vraiment eu lieu. Je crois M. Rabilotta parce que l’Histoire appuie ses dires. Pour ne citer qu’un exemple, Zbignew Brzezinski, grand stratège de la politique étrangère des États-Unis a lui-même admis en entrevue au Nouvel Obs avoir appuyé les moudjahidines afghans à la fin des années 1970 afin de renverser le gouvernement socialiste et tendre un piège aux Russes (ce dont je parle dans mon article).

 

On connaît la suite.

Comme M. Rabilotta, « je ne dispose pas de moyens suffisants pour aller à Moscou ou La Havane fouiller dans [les archives] des journaux La Pravda ou Granma, où fut publiée l’information originelle ». Cela dit, si vous avez assisté à cette rencontre secrète ou connaissez quelqu’un qui y était, j’aimerais bien vous entendre. N’ayez crainte, je connais l’importance de protéger ses sources.

Monsieur X, tu as sûrement les moyens, toi, avec ton gros salaire, d’aller fouiller dans les archives cubaines ? Pourquoi ne pas enquêter là-dessus durant ton prochain séjour dans le sud ?

À suivre…

Teaser

La semaine prochaine tu vivras un grand moment de désillusion parce que je te parlerai de la première réponse à ma plainte, celle du directeur Opérations numériques, Pierre Champoux, membre d’une espèce journalistique mutante que je décrirais comme dadaïste de l’info. Manque pas ça ! T’en reviendras juste pas !

* Je dois faire ici un mea culpa. J’avais mis à l’origine une photo de Zbig en compagnie d’un homme faussement identifié par plusieurs comme étant Oussama ben Laden. Sorry Zbig.

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