Le viol de la liberté d’expression: c’est arrivé dans une université près de chez-vous

anthony-freda-bin-laden

La protection de la liberté d’expression à l’université devrait en fait y être plus grande encore qu’à l’extérieur de l’université, puisque la liberté universitaire la plus extensive possible est une condition de la santé de la vie de l’esprit.  – Normand Baillargeon

Vingt-kek février 2017

C’est avec un intérêt particulier et une profonde frustration que je lis le texte de Normand le philosophe Un musellement de l’université?, publié le 23 mars 2016, mais partagé par un ami en ce vingt-kek février. Je suis frue parce que Normand a raison et que je suis d’accord avec lui, comme en fait foi l’épigraphe ci-dessus tirée de son texte.

En fait, « frue » est euphémique puisque ça goûte pas mal le corps du Christ dans ma bouche. Normand dénonce un musellement des universités anglophones en passant sous silence le musellement de l’université où il a lui-même enseigné. Pire encore, il omet sa participation active au musellement du très grand nombre de citoyens favorables à une nouvelle enquête indépendante sur le 11-Septembre, citoyens dont je suis, qui lui payent sa tribune radio-canadienne par laquelle il nous dénigre.

Je peux comprendre qu’il ne veuille pas nommer les universités par leur nom. Tu comprendras, je l’espère, pourquoi je fais exactement le contraire.

Par le biais de sa tribune au Voir, donc, Normand nous éduque sur ce qui se passe dans les méchantes universités anglophones. Il se passe chez les Anglos « bien des choses qui font jaser, des choses qui pourraient apparaître ici, voire qui ont commencé à apparaître ». En lisant les pratiques douteuses énoncées, je m’arrête, irritée, à celle de « ne pas donner de tribune/désinviter ». Cette pratique, j’en ai été victime avec mes collègues il y a 6 ans.

À l’UQAM, of all places.

Si Normand le philosophe te propose d’acquérir un nouveau vocabulaire pour comprendre sa chronique, moi je te propose un voyage dans le temps au cœur des plus hautes instances de l’UQAM pour mieux comprendre l’origine méconnue de mon irritation.

Rewind au 3 mai 2010

griffin

David Ray Griffin

La salle Marie-Gérin-Lajoie est pleine à craquer. Deux figures de proue du Mouvement pour la vérité sur le 11-Septembre prennent la parole ce soir-là.

La tenue d’une conférence sur le 11-Septembre et la présence à l’UQAM de David Ray Griffin, qui a écrit environ 9 livres sur le sujet, et Richard Gage, fondateur de Architects and Engineers for 9/11 Truth (AE911Truth), a soulevé un tollé au sein du corps professoral de l’UQAM quelques jours plus tôt.

Rad-Can écrivait à ce sujet :

Dans l’édition de vendredi de La Presse, Julien Tourreille, chercheur à l’Observatoire des États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand, qualifie les intervenants qui doivent prendre la parole le 3 mai de « menteurs, imposteurs et escrocs » et leur reproche d’être « intellectuellement malhonnêtes ».

« Je trouve dommage de voir accolé le nom de l’UQAM à un tel mouvement, ça ne sert pas la crédibilité d’une institution de recherche qui essaie, sur la place publique, de démontrer qu’elle emploie des gens sérieux », a-t-il déclaré dans le quotidien.

Même son de cloche du côté de Louis Balthazar, coprésident de l’Observatoire, qui estime dans le journal que « l’UQAM ne devrait pas prêter son nom à cette organisation ». (Émoi à l’UQAM, Radio-Canada, 1er mai 2010.)

gage

Richard Gage

L’UQAM emploie certainement des gens sérieux ne nuisant pas à la crédibilité de l’institution, comme Julien Tourreille, dont la rhétorique est visiblement plus raffinée que celle des deux conférenciers puisqu’il emploie la forme la moins élaborée d’argumentation : l’insulte. Gage et Griffin sont des « menteurs », des « imposteurs » et des « escrocs » « intellectuellement malhonnêtes », parole de chercheur… dont la Chaire est, entre autres, financée par le Consulat général des États-Unis.

Just sayin’.

Un an plus tard, été 2011.

Le Centre de recherche sur la mondialisation pour lequel je travaille organise une conférence : Après le 11-Septembre – 10 ans de guerre. Nous souhaitons commémorer le 10e anniversaire du 11-Septembre, l’attentat terroriste à l’origine des guerres atroces qui se succèderont et qui, au moment où je taperai ce texte presque 6 ans plus tard, décimeront encore et plus que jamais le Moyen-Orient.

Nos conférenciers sont :

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Wayne Madsen :  journaliste d’enquête, expert des questions de sécurité nationale, ancien employé de la NSA et du département d’État étasunien. Sujet : la sécurité nationale, la manipulation médiatique et le terrorisme.

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Cynthia McKinney : ancien membre (démocrate) du Congrès, candidate pour le Parti vert aux élections présidentielles étasuniennes. Sujet : les guerres issues du 11-Septembre et la question des droits de la personne aux États-Unis depuis les attentats.

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Mahdi Darius Nazemroaya : correspondant à Tripoli en Libye durant les bombardements de l’OTAN. Sujet : les crimes de guerre l’OTAN.

Nous faisons une demande de réservation pour la salle Marie-Gérin-Lajoie de l’UQAM. La réponse du recteur de l’époque, Claude Corbo : RE-FU-SÉ.

Les raisons de ce refus feront l’objet d’un article que je co-écrirai avec Michel Chossudovsky et que publiera en mars 2012 nulle autre que l’Association Canadienne des professeures et professeurs d’université. Le titre de l’article est assez clair : L’UQAM en violation des normes régissant la liberté d’expression :

La demande de réservation a été refusée par le recteur de l’UQAM, Claude Corbo, en consultation avec le directeur du Service de la prévention et de la sécurité de l’UQAM ainsi que d’autres instances de l’Université […]

Malgré des demandes répétées, même par courrier recommandé, l’UQAM a refusé de justifier son refus par écrit. Rejoint par téléphone, le chargé de projet pour la location de salle de l’UQAM a toutefois expliqué en détails au CRM que la demande avait été rejetée par le rectorat pour les raisons suivantes : en raison de la rentrée scolaire, le Service de la prévention et de la sécurité de l’UQAM recommande de ne pas tenir cet événement, « vu le volume d’activités sur le campus, et les risques de débordement »; « Le 11-Septembre est un événement symbolique auquel l’UQAM ne veut pas être associée. L’université ne veut pas non plus donner l’impression qu’elle cautionne une conférence à ce sujet, d’un point de vue ou de l’autre »; et l’UQAM n’aime pas le profil d’un des conférenciers. (Michel Chossudovsky et Julie Lévesque, L’UQAM en violation des normes régissant la liberté d’expression, ACPPU Bulletin, mars 2012.)

On voit bien que les raisons de sécurité sont totalement accessoires. Pour le reste, le 11-Septembre est-il vraiment « un événement symbolique auquel l’UQAM ne veut pas être associée »? « L’université ne veut pas non plus donner l’impression qu’elle cautionne une conférence à ce sujet, d’un point de vue ou de l’autre »?

Vraiment?

Bull. Shit.

Check this out.

Fast-forward au 7 septembre 2016

La Chaire Raoul-Dandurand publie un communiqué de presse concernant une conférence sur le 11-Septembre qui aura lieu lendemain… en pleine fucking rentrée scolaire :

Conférence à l’UQAM : le 11 septembre, quinze ans plus tard

Invitation aux médias

Montréal, le 7 septembre 2016 – Les membres des médias sont conviés à la conférence « L’effet 11 septembre, quinze ans après : terrorismes, violences politiques et conséquences », organisée par la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM.

Date : 8 septembre 2016, de 18 h à 20 h

Thèmes abordés: Il y a 15 ans, les États-Unis furent la cible d’une attaque terroriste dont les conséquences se répercutent encore aujourd’hui. Marquant le début de ce qui deviendra une guerre globale contre le terrorisme, les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone servirent de justification à l’adoption de mesures qui se transformèrent en un état d’exception permanent […]

N’est-ce pas exactement le sujet pour lequel on s’est vu refuser la salle en 2011? 11-Septembre, terrorismes, violences politiques et conséquences? Notre conférence « constituait un événement commémoratif pour les victimes des attaques du 11-Septembre et mettait l’accent sur les crimes de guerre commis par les États-Unis et l’OTAN à l’endroit de l’Afghanistan (2001) et l’Irak (2003), sous le prétexte de mener, [en vertu d’un] mandat humanitaire, une guerre contre le terrorisme ».

La différence entre les deux conférences est dans le traitement du sujet et il est évident que l’UQAM, qui ne veut pas « donner l’impression qu’elle cautionne une conférence à ce sujet, d’un point de vue ou de l’autre », fait exactement cela, soit cautionner une conférence au sujet du 11-Septembre du point de vue de la Chaire Raoul-Dandurand, financée par le Consulat des États-Unis et Power Corporation, propriétaire de La Presse, un journal qui suit la parade et fait fi d’innombrables faits et des simples lois de la physique en propageant sans gêne la théorie de conspiration officielle du 11-Septembre.

Qui participe à cette conférence de la Chaire Raoul-Dandurand? Surprise! Julien Tourreille, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, le mec qui reprochait quoi donc à Gage et Griffin en 2010? Ah oui, d’être des « menteurs », « intellectuellement malhonnêtes ».

Look who’s talking.

Toutes les raisons évoquées par l’UQAM pour justifier son refus de nous louer une salle étaient des mensonges, sauf une: « Lui j’y aime pas’ a face. »

Et les universités anglophones dans tout ça?

Alors que l’UQAM nous « désinvitait » en 2011, l’Université Ryerson de Toronto, elle, tenait quatre jours d’audience sur le 11-Septembre, (du 8 au 11) « où les conférenciers boudés par l’UQAM ont pu s’exprimer librement ».

Just sayin’.

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