La CIA impliquée dans l’assassinat de JFK, conclut un jury de Miami

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LBJ et JFK

Dans la catégorie personne n’en parle :

Un agent de la CIA a perdu son procès en diffamation contre le journal SPOTLIGHT, lequel a publié un article au sujet d’un mémo de la CIA affirmant qu’il était à Dallas le 22 novembre 1963, jour de l’assassinat de John F. Kennedy. L’auteur de l’article, lui-même un ex-agent de la CIA, affirmait que l’Agence avait l’intention d’admettre publiquement que l’homme avait agi seul et participé à l’assassinat du président sans son accord.

La présidente du jury, Leslie Armstrong, a fait une déclaration si fracassante qu’aucun grand média ne l’a rapportée :

M. Lane [l’avocat de SPOTLIGHT] nous a demandé de faire quelque chose de très difficile. Il nous a demandé de croire que John Kennedy a été tué par notre propre gouvernement. Cependant, après avoir examiné la preuve attentivement, nous n’avions d’autre choix que de constater que la CIA avait en effet tué le président Kennedy.

Fausse nouvelle? Non. Vieille nouvelle. C’est arrivé le 6 février 1985.

Ce procès, curieusement passé sous silence dans les grands médias, est « le seul dont le verdict est directement lié à la théorie impliquant la CIA dans le meurtre de JFK ».

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E. Howard Hunt

Le plaignant était E. Howard Hunt, l’un des tristement célèbres « plombiers » de Nixon condamné pour cambriolage, conspiration et écoute téléphonique dans l’affaire du Watergate.

L’auteur de l’article était Victor Marchetti. Nommé adjoint-spécial du directeur de la CIA Richard Helms en 1966, Marchetti démissionne en 1969 et publie ensuite des livres et des articles critiques de la CIA, dont The CIA and the Cult of Intelligence et The Rope-Dancer.

Mai 2007

Vincent Bugliosi affirme dans son livre Reclaiming History: The Assassination of President John F. Kennedy que le verdict dans cette affaire ne portait pas sur l’implication ou non de la CIA dans l’assassinat de Kennedy, mais plutôt sur l’intention du rédacteur en chef de causer du tort à Hunt.

Il a tout à fait raison.

Il n’est cependant pas faux de dire que le jury a conclu que la CIA était impliquée, puisque la présidente du jury a bel et bien affirmé qu’ils en était venus à cette conclusion. Cela n’est pas étonnant puisque c’est bien ce qu’a voulu leur démontrer l’avocat de SPOTLIGHT, Mark Lane, auteur de trois livres sur l’assassinat de Kennedy : Rush to Judgment (1966) Plausible Denial: Was the CIA Involved in the Assassination of JFK? (1991) et Last Word: My Indictment of the CIA in the Murder of JFK (2011).

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Marita Lorenz

En 1985, Lane avait présenté comme témoin l’ex-agente de la CIA Marita Lorenz, mieux connue pour avoir été la maîtresse de Fidel Castro. Lorenz avait déclaré avoir rencontré Lee Harvey Oswald en compagnie de son patron, Frank Sturgis, un agent de la CIA, dans un lieu sûr de Miami en août 1963, ce qu’a nié Sturgis.

Lors du procès de Hunt, elle a affirmé qu’elle était avec lui et Sturgis à Dallas le jour avant l’assassinat, ce que Hunt a nié. Il était, disait-il, à Washington, D.C. ce jour-là avec sa femme et ses enfants. Pourquoi alors, lui demanda Lane, ses enfants lui avaient-ils demandé si les rumeurs de son implication dans l’assassinat du président étaient vraies?

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Frank Sturgis

Hunt n’avait pas d’explications à donner au jury. C’est ce qui lui aurait fait perdre sa cause, mais avouons que cela ne constitue pas une preuve de l’implication de la CIA dans la mort de JFK.

Le véritable coup de théâtre dans cette histoire s’était toutefois produit un mois avant la publication du livre de Bugliosi.

Et 3 mois après la mort de E. Howard Hunt, le 23 janvier 2007.

Fin avril 2007

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St. John Hunt

Le fils d’E. Howard Hunt, St. John, (ben oui, Saint-Jean, comme le prophète) rend public un enregistrement que son père lui a envoyé, à lui seul, en janvier 2004, lui demandant de ne le publier qu’à sa mort (longue version ici avec l’entrevue originale de St. John).

E. Howard Hunt y avoue avoir joué un rôle mineur dans l’assassinat de Kennedy qu’il appelle « the big event », un grand événement auquel on lui aurait demandé de participer… en 1963… dans un lieu sûr de Miami.

Sa tâche consistait à « réchauffer le banc », déclare-t-il. St. John explique que le rôle de « bench warmer » de son père consistait à s’assurer que si les choses tournaient mal, les personnes impliquées passeraient au plan B, seraient amenées en lieux sûrs, etc.

En plus d’impliquer Frank Sturgis dans le complot, E. Edward Hunt ajoute :

L’important dans cette histoire est de remonter dans la chaîne de commandement jusqu’à Cord Meyer [un haut représentant de la CIA] et de retracer les faits et gestes jusqu’à Lyndon B. Johnson. Il avait, à mon avis, un désir ardent, presque maniaque, de devenir président et il voyait JFK comme un obstacle à cet objectif, ce qu’il était réellement.

St. John, était-il avec son père à Washington le 22 novembre 1963?

Non.

Il était avec sa mère, Dorothy, à Washington. Son père, lui avait-elle dit, était en voyage d’affaires.

À Dallas.

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Dorothy Hunt

Dorothy, elle aussi employée de la CIA, est morte en décembre 1972, dans l’écrasement du vol 553 que l’on surnommera le « Watergate crash ». Elle transportait 10 000 dollars et détenait vraisemblablement des informations et des preuves qui auraient pu ruiner la carrière de Nixon, lequel démissionnera deux ans plus tard suite au scandale du Watergate.

St. John raconte que cette année-là, au plus fort du scandale du Watergate, ses parents « avaient explicitement menacé Nixon et l’avaient averti qu’ils étaient prêts à le détruire, ainsi que la Maison-Blanche, en révélant des preuves « l’impliquant non seulement dans l’affaire du Watergate, mais aussi dans de nombreuses affaires illégales », dont « l’approbation de tentatives d’assassinat contre Fidel Castro en 1959-1960 », alors qu’il était vice-président. Nixon craignait que ces révélations « ruinent sa carrière politique ».

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Richard Nixon

Le 23 juin 1972, dans une conversation avec son chef de cabinet, H. R. Haldeman, ayant servi de preuve dans le procès du Watergate, Nixon dit : « Ce type, Hunt […] il en sait beaucoup trop et il était impliqué […] et si ça sort que tout, tout cela est lié à l’affaire cubaine, que c’est un fiasco et cela va mal faire paraître le FB, ah la CIA et cela va mal faire paraître Hunt et cela pourrait ruiner tout l’affaire de la Baie des Cochons et nous croyons que cela serait très dommage pour la CIA […] »

Dans son livre The Ends of Power, publié en 1978, Haldeman écrit à propos de Nixon : « Il semble que dans toutes ces références à la Baie des Cochons, il faisait en réalité référence à l’assassinat de Kennedy. »

La deuxième femme de E. Howard Hunt a accusé St. John d’avoir abusé de la perte de lucidité de son père, d’avoir profité de lui pour faire du cash. Peut-être. Sachant toutefois ce qui est arrivé à la mère de St. John, on peut aussi présumer qu’elle craint pour sa vie et celle de ses enfants et ne souhaite pas donner de crédibilité aux aveux de son défunt mari tout en discréditant son beau-fils.

C’est le genre de constat que font toutefois bien des gens qui ne savent pas trop quoi dire dans de telles situations et prêtent des intentions malicieuses aux messagers tout en ignorant le message : c’est juste pour le cash.

C’est ce constat que ferait Alain Gravel en 2010 sur les militants pour la vérité sur le 11-Septembre. Il jugeait que « probablement que ça devient payant d’écrire des livres sur le sujet. Comme l’ont été toutes les histoires de complot, vraies ou fausses, autour de l’assassinat de John F. Kennedy ou de la mort d’Elvis Presley. »

En réalité, ce qui est payant, c’est de répéter au monde que les versions officielles constituent la vérité et qu’il faut être un peu timbré pour les remettre en question. Ce n’est pas en questionnant les versions officielles du 11-Septembre ou de l’assassinat de Kennedy que l’on devient animateur d’émissions comme Enquête et que l’on fait des gros salaires.

Bien au contraire.

Depuis quand c’est payant de se faire traiter d’adepte des théories du complot par l’establishment? Rappelons en passant que ce terme, en anglais « conspiracy theorist », a été formulé par la CIA en avril 1967 dans le cadre d’une opération psychologique visant à discréditer ceux qui privilégiaient la thèse du complot dans l’assassinat de Kennedy et rejetaient celle du loup solitaire, incriminant uniquement Lee Harvey Oswald. Le mémo stipule qu’il convient d’employer « des agents de propagande afin de réfuter les attaques des critiques », précisant que les « livres et les articles de fond sont particulièrement appropriés à cet effet » et qu’ils devraient souligner que les critiques ont, entre autres, « un intérêt financier ».

D’ailleurs, que faisait Alain Gravel en 2007 lorsque St. John a révélé les aveux de son défunt père?

Quelque part en 2007

Alain Gravel court après une cycliste de Lachine.

Oui madame.

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Geneviève Jeanson

Tout un sujet d’enquête : faire avouer à une p’tite cycliste professionnelle qu’elle a pris de la drogue, alors que tout le monde sait, ou du moins se doute, que les cyclistes professionnels en prennent.

Sujet essentiel au bon fonctionnement de la démocratie.

On va la pogner la p’tite crisse. On va l’avouère à l’usure la menteuse, la tricheuse, ça prendra le temps que ça prendra! On va aller y tirer ‘es vers du nez jusqu’à Phoenix en Arizona sti!

Ça c’est le genre d’enquête qui vaut la peine, Alain l’a dit lui-même :

Mme Jeanson savait que nous mettrions le temps et les moyens nécessaires pour mener à bien notre enquête.

Voilà à quoi sert notre argent.

Ç’a aura pris six mois.

Six mois pour faire avouer à Geneviève Jeanson qu’elle s’est shootée de l’EPO pour gagner des médailles. Radio-Canada a alloué combien de temps aux révélations d’un agent de la CIA révélant qu’il a été approché pour participer à l’assassinat de Kennedy et accusant Lyndon B. Johnson d’avoir donné l’ordre? Un mois? Une semaine… un jour?

Euh… Non.

Zéro temps.

12 mars 2017

Si le témoignage de Hunt n’est pas une preuve en soi de l’implication de la CIA dans l’assassinat de Kennedy, il s’agit tout de même d’un témoignage crucial dans cette affaire et il devrait faire l’objet d’un certain intérêt médiatique, non?

Non.

J’ai cherché le nom Howard Hunt sur le site de Radio-Canada. Résultat : une seule mention concernant le Watergate, le 1er juin 2005.

rad-can-hunt

Six mois pour la p’tite cycliste de Lachine. Zéro seconde pour JFK.

À Radio-Canada, on a des belles priorités.

On a aussi une vision du monde assez tordue. Pour Alain Gravel, son reportage sur Geneviève Jeanson était l’équivalent d’un grand événement politique :

À voir la réaction qu’a suscitée notre enquête sur Geneviève Jeanson, c’est comme si le gouvernement avait été renversé.

Eh ben.

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Une réflexion sur “La CIA impliquée dans l’assassinat de JFK, conclut un jury de Miami

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