À propos

« De toutes les menaces qui pèsent sur la liberté, la plus grande est sans nul doute la perte de l’esprit critique. On en mesure chaque jour l’étendue dans les médias qui, ayant renoncé à cultiver l’opinion publique, préparent et adaptent les consciences aux « nouvelles réalités ». On l’observe également dans les écoles et les universités qui ont bradé leur indépendance, leur mission et leurs valeurs fondamentales, pour se mettre au pas des impératifs économiques. Face à une telle servilité intellectuelle, ce livre constitue une invitation à la trahison. » Normand Baillargeon, Les chiens ont soif,  Lux Éditeur, 2010.

À une certaine époque, je dévorais les Kafka comme les Normand Baillargeon. L’ironie du sort aura voulu qu’après plusieurs années de journalisme indépendant je me retrouve au cœur d’une aventure kafkaïenne, dans laquelle je déplore l’absence de sens critique chez celui-là même qui a contribué à aiguiser le mien.

Je m’appelle Julie, j’ai 42 ans, j’ai un bac en études allemandes, un certificat en traduction 3e langue et un certificat en journalisme. Avant d’obtenir ces diplômes, j’ai fait des études en cinéma et en communication et politique. Après mes études, j’ai travaillé pour un média indépendant (globalresearch.ca/mondialisation.ca) pendant 6 ans. Ma tâche principale consistait à contrer la propagande, surtout la propagande de guerre, dans les grands médias occidentaux.

Depuis septembre 2015, j’enseigne l’anglais en Chine. Mon nom chinois est Yang Yi, mais tout le monde m’appelle Julie pareil.

Le 10 septembre 2016, Radio-Canada publie un article de Gaétan Pouliot intitulé Qui ne croit pas à la version officielle du 11 Septembre? « Qui », c’est moi, Julie, « celle qui a fait des études universitaires en langues et en sciences sociales », dixit le journaliste, lequel qualifie d’emblée mon point de vue de « théorie de conspiration la plus tenace de notre époque ». Bravo pour ta neutralité, bro. Tu connais bien ton guide de déonto.

Gaétan confronte la « conspirationniste »  à Normand Baillargeon, le philosophe et ex-professeur à l’UQAM « reconnu pour son esprit critique », et Vincent Boucher, le candidat au doctorat en sciences po à la Chaire Raoul-Dandurand, qui « en connaît un bout sur les États-Unis », lui. Deux contre une. Bravo pour l’équité, man. Tu connais bien tes valeurs radio-canadiennes.

Moi, Julie L., « conspirationniste » apparemment sans diplômes : crédibilité zéro devant un ex-prof de l’UQAM et un futur doctorant à l’UQAM. Que je sois diplômée en journalisme n’est pas du tout pertinent dans ce contexte. Que j’aie publié plus de textes sur les États-Unis que le futur doctorant, non plus. C’est lui qui connait les States, pas moi. Que je ne sois pas financée, comme lui, par le Consulat américain, partenaire majeur de la Chaire Raoul-Dandurand, est vraiment sans importance.

Biaisé et pas super bien écrit, l’article de Gaétan marie avec peu d’adresse calomnie, désinformation et omissions.

Ce blog est né de l’absurdité à laquelle je suis confrontée depuis que j’ai porté plainte à l’ombudsman de Radio-Canada. Les textes qui sont publiés sur ce blog ne sont pas des articles journalistiques, mais des chapitres d’un récit kafkaïen bien réel, un work in progress se développant au fil des courriels complètement farfelus que m’écrivent des monsieurs avec des titres, du haut d’une grosse tour brune au logo légendaire.

C’est une histoire pleine d’incohérences et de rebondissements qui dépasse la fiction, et comme je raconte une histoire, la mienne, je la raconterai à ma façon, avec beaucoup de passion, un peu d’humour et quelques sacres. Je peux bien me le permettre, je ne travaille pas à Radio-Canada.

J’en profite pour mettre quelque chose au clair. Plusieurs personnes m’ont dit de changer de ton, que je n’arriverais à rien de cette façon, de rester calme, polie, bla bla bla. Ces plusieurs personnes sont tous des gars. Je les aime et j’ai réfléchi puis je me suis dit: est-ce qu’ils diraient la même chose à un Paul Arcand ou à un Benoit Dutrizac qui s’énerve avec un ministre? Pense pas.

Puis je me suis rappelée le moment de gloire de Patrick Lagacé lors d’un scrum de Sam Hamad en 2011.

Il était donc viril avec ses lunettes fumées et sa toughness: « Tais-toé! Décolle! » Yes! Heille! Il l’a tu ramassé l’attaché de presse hein! Heille i’ y a tu dit au minisse! Wow. Pat est devenu un peu l’homme de l’année ce jour-là. Le même jour, il a publié un texte intitulé La bullshit de Sam Hamad, ensuite il s’est pogné avec son attaché de presse et il a « protesté brutalement » aux réponses du ministre. S’est-il excusé de son attitude? Non. Il a écrit: « Je ne regrette rien. »

Je le cite:

« […] si un ministre ne répond pas aux questions, en point de presse, s’il répète des lieux communs appris par coeur, c’est sûr que je vais lui envoyer des questions qui le décoiffent, si j’en ai l’occasion […]

Et si l’attaché de presse aux abois tente de mettre un terme au point de presse […] mon job est de protester, et de protester brutalement parce que mon job n’est pas d’être un rouage docile et soumis dans le plan de relations publiques du ministère. Mon job, c’est de dire à l’attaché de presse d’aller se faire cuire un oeuf.

Bref, à tous ceux qui n’ont pas aimé ma conduite, hier, dans ce point de presse, je dis ceci : nous ne sommes pas des sténographes, nous n’avons pas à avaler les mots d’un ministre comme s’il s’agissait de paroles d’Évangile. Ça implique, des fois, d’être brutal, d’interrompre et d’appeler un chat, un chat. Des fois, la politesse a ses limites.

Pour une fois que je trouve qu’il a raison! En effet, la politesse a ses limites, qu’on soit un gars ou une fille, et l’impolitesse ouvre parfois des portes. Patrick en est la preuve: il travaille aujourd’hui à Radio-Canada.

Moi aussi j’ai mon voyage de me faire dire des conneries et je vais faire ma job.

Donc merci pour vos conseils les gars, mais 1) je ne m’attends pas à grand chose de Radio-Canada; 2) respect ou pas, on me traite de freak, directement ou indirectement depuis des années, alors je ne vois pas pourquoi je respecterais des gens qui ne me respectent pas. Je m’appelle Julie, pas Jésus;  pis 3) même Jésus s’est déjà choqué quand le monde voulait rien comprendre, faque demandez-moi pas d’être plus polie que Jésus, crisse.

Mais surtout, merci Patrick. Ta toughness m’inspire. Je ne passerai sûrement pas à ton émission « Deuxième chance » pour te dire merci, donc je le fais ici, maintenant.

Poursuivons.

Le titre du blog, La Plainte, s’inspire de l’absurdité ambiante dans Le Procès de Kafka, où le personnage principal, K., est mis en état d’arrestation sans savoir de quoi on l’accuse. À l’inverse, dans La Plainte, J. sais très bien de quoi on l’accuse : de faire des théories de conspiration… même si tout ce qu’elle dit est basé sur des faits vérifiés et vérifiables, et qu’elle fournit des preuves de ce qu’elle avance.

C’EST SI. DÉ. RANT.

Tellement que je sens qu’il est de mon devoir de citoyenne d’exposer ici toute les inepties dignes du théâtre de l’absurde que je me fais servir par les employés de la société d’État. Après tout, ce sont nos employés, non?

J’en profiterai pour m’amuser un peu et je me ferai un plaisir de démolir soigneusement l’article de Gaétan le journaliste, ainsi que les arguments de Normand le philosophe et de Vincent le futur doctorant.

Je vous convie donc à une lente démolition contrôlée de la véritable théorie de conspiration la plus tenace de notre époque : la version officielle du 11-Septembre.

Bonne lecture!

P.S.: Les textes de ce blogue seront publiés sous mon nom chinois, Yang Yi, afin d’éviter toute confusion avec mes articles journalistiques. Je répète, le but de ce blog est de raconter une histoire.

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