La plainte

Voici ma plainte à l’ombudsman avec un lien vers l’article en question.

Wuxi, Jiangsu, Chine, le 18 septembre 2016

Objet : Plainte relative à l’article de Gaétan Pouliot à mon sujet « Qui ne croit pas à la version officielle du 11 Septembre? »

Monsieur Guy Gendron, Bureau de l’ombudsman Radio-Canada C.P. 6000 Montréal (Québec) H3C 3A8

Monsieur,

Le 10 septembre 2016, Radio-Canada publiait un article de Gaétan Pouliot à mon sujet intitulé « Qui ne croit pas à la version officielle du 11 Septembre? » Cet article ne respecte pas les valeurs fondamentales du journalisme figurant dans le Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, car il comporte plusieurs manquements à l’éthique journalistique. L’absence de sens critique, d’impartialité, d’équité, d’honnêteté et d’ouverture d’esprit y est flagrante. On n’y respecte pas non plus mon droit à la réputation.

L’article ne respecte pas plus les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada que sont : servir l’intérêt public, refléter la diversité, agir de façon responsable, l’exactitude et l’équilibre.

Le journaliste Gaétan Pouliot a écrit des faussetés, a déformé mes propos et m’a mal citée. Par ailleurs, il omet de mentionner des informations importantes et insinue que mon discours repose sur des croyances, alors qu’il repose sur des faits avérés qu’il n’a même pas pris la peine de vérifier et/ou de mentionner.

Son texte mine ma crédibilité en tant que journaliste indépendante en m’associant à des groupes nébuleux avec lesquels je n’ai rien à voir et en laissant entendre que mes affirmations constituent des « thèses conspirationnistes [qui] nous font perdre du temps et nous donnent de mauvaises habitudes de recherche de la vérité ». Pire encore, l’article suggère que je cause « du tort à la « conversation démocratique » ».

Je pourrais écrire une thèse sur ce qui contrevient aux valeurs fondamentales du journalisme dans cet article, mais je m’en tiendrai aux trois points les plus importants : 1) l’utilisation d’une image trompeuse m’associant à des théories du complot; 2) l’emploi des termes péjoratifs « théorie du complot », « complotiste » et « conspirationniste » pour qualifier mon point de vue et ma personne; 3) des citations inexactes, des omissions importantes et des mensonges.

Radio-Canada a choisi d’illustrer l’article en question avec l’œil de la Providence, un symbole n’ayant non seulement absolument aucun lien avec mes propos, mais aucun lien non plus avec le 11-Septembre 2001.

Ce choix éditorial donne dès le départ une impression trompeuse à mon sujet, le « qui », dans le titre, se référant uniquement à moi. Le journaliste et les autres intervenants m’associent à des « cercles conspirationnistes » et aux « complotistes » sans spécifier de qui il s’agit. Je suis donc la seule personne nommée associée à cette image et à ce qu’elle représente.

De tout ce qui peut représenter le 11-Septembre et le mouvement pour la vérité sur le 11-Septembre, on a opté pour un symbole d’origine religieuse, associé à la franc-maçonnerie, et couramment utilisé de nos jours pour faire référence aux Illuminés de Bavière, une société secrète faisant l’objet de nombreuses théories du complot.

Or, dans les nombreux textes que j’ai écrits au sujet du 11-Septembre, ainsi que lors de l’entrevue accordée à M. Pouliot, il n’a jamais été question de l’œil de la Providence, ni des Illuminés de Bavière ou de la franc-maçonnerie. Ce choix d’illustration donne au lecteur, avant même qu’il n’ait lu une seule citation de ma part, l’impression que je suis une adepte de théories du complot, une « complotiste », ce que je ne suis pas.

Un complotiste se définit comme suit : « [u]n partisan d’une ou plusieurs théories du complot. Généralement, le complotiste interprète certains signes comme faisant partie d’une conspiration menée par des individus dangereux. »

L’œil de la Providence apparaît d’ailleurs sur l’image principale de la page de Wikipédia dédiée à la théorie du complot. Il est écrit :

“La théorie du complot — également désignée, de façon plus récente, par les néologismes conspirationnisme ou complotisme1 — propose de donner une vision de l’histoire perçue comme le produit de l’action d’un groupe occulte agissant dans l’ombre. Loin de la simple rumeur, il s’agit (selon Peter Knight, de l’université de Manchester) d’un récit théorique qui se prétend cohérent et cherche à démontrer l’existence d’un complot entendu comme le fait qu’« un petit groupe de gens puissants se coordonne en secret pour planifier et entreprendre une action illégale et néfaste affectant le cours des évènements »2.”

D’abord, je ne fais partie d’aucun « cercle conspirationniste ». Je n’ai jamais, ni dans mes articles sur le 11-Septembre ni dans le cadre de l’entrevue avec Gaétan Pouliot, « interpr[été] certains signes comme faisant partie d’une conspiration menée par des individus dangereux », ni fait de « récit théorique […] cherch[ant] à démontrer l’existence d’un complot entendu comme le fait qu’« un petit groupe de gens puissants se coordonne en secret pour planifier et entreprendre une action illégale et néfaste affectant le cours des évènements »2.

Le dictionnaire Larousse définit ainsi le terme « conspirationniste » : « Se dit de quelqu’un qui se persuade et veut persuader autrui que les détenteurs du pouvoir (politique ou autre) pratiquent la conspiration du silence pour cacher des vérités ou contrôler les consciences. »

Autrement dit, un conspirationniste est quelqu’un qui est persuadé que les détenteurs du pouvoir cachent des choses alors que c’est faux ou que cela n’est ni vérifié ni vérifiable. Or, ce que j’affirme est vérifiable et vérifié, et ne peut donc être présenté comme une théorie du complot ou une « thèse conspirationniste » pour employer l’expression utilisée par votre collaborateur Normand Baillargeon.

À propos du 11-Septembre je fais la même chose depuis des années : je constate des faits et je pose des questions, point à la ligne. Le gouvernement américain a-t-il caché quoi que ce soit en lien avec le 11-Septembre? Oui. Par exemple, il nous a caché la preuve : la scène du crime a été nettoyée et cela est vérifiable et vérifié.

Voici un extrait de l’article de Joe Calderone, Firefighter Mag Raps 9/11 Probe, paru dans le New York Daily News, le 4 janvier 2002. Il porte sur l’article du rédacteur en chef d’un magazine respecté de lutte contre les incendies qui déplorait à l’époque le fait que l’on détruisait et que l’on faisait disparaître la preuve :

“A respected firefighting trade magazine with ties to the city Fire Department is calling for a ‘full-throttle, fully resourced’ investigation into the collapse of the World Trade Center. A signed editorial in the January issue of Fire Engineering magazine says the current investigation is ‘a half-baked farce.’

The piece by Bill Manning, editor of the 125-year-old monthly that frequently publishes technical studies of major fires, also says the steel from the site should be preserved so investigators can examine what caused the collapse. ‘Did they throw away the locked doors from the Triangle Shirtwaist fire? Did they throw away the gas can used at the Happy Land social club fire? . . . That’s what they’re doing at the World Trade Center,’ the editorial says. ‘The destruction and removal of evidence must stop immediately.’”

Difficile de comprendre comment M. Baillargeon peut affirmer que « ce qui serait caché n’a pas une grande importance ». On parle ici de la preuve du plus gros attentat terroriste en sol américain. Gaétan Pouliot ne semble pas non plus trouver que nettoyer la scène du crime et faire disparaître la preuve d’un attentat terroriste de cette ampleur a de l’importance, puisque, même si je lui ai mentionné cet élément important dès le début de l’entrevue, il a cru bon de l’omettre de mon discours. Cela a pour effet de dénaturer le sens de mes propos et porte à croire que mes arguments reposent sur des convictions plutôt que sur des faits avérés.

Le gouvernement américain nous a aussi caché des informations concernant, par exemple, le rôle de l’Arabie saoudite dans les attentats, camouflage qui a fait l’objet de nombreux articles journalistiques depuis la parution du rapport de la commission d’enquête sur les attentats paru en 2004. Cette information est, elle aussi, vérifiable et vérifiée.

Un article du New York Post titrait le 17 avril 2016 : How US covered up Saudi role in 9/11 et parle des « 28 pages censurées ». Le New York Times écrivait pour sa part le 6 juillet dernier: Lawmakers to Press Again for Release of Pages Missing From 9/11 Report et parlait des « 28 pages secrètes » (sans passer pour complotiste, faut-il le souligner). Le Washington Post écrivait le 15 juillet :

“Under the orders of then-President George W. Bush, 28 pages of the joint inquiry’s final 838-page report were classified. They sit under lock and key in a vault.” (Adam Taylor, The mystery surrounding 28 pages said to show links between 9/11 plotters and Saudi Arabia, Washington Post, 15 juillet 2016.)

Affirmer que le gouvernement américain nous cache des informations n’est donc pas une simple croyance ou une « [persuasion] que les détenteurs du pouvoir (politique ou autre) pratiquent la conspiration du silence pour cacher des vérités ». Il s’agit d’un fait bien réel, vérifiable et vérifié. Par conséquent, cette affirmation ne peut pas être qualifiée de « théorie de conspiration » ou de « thèse conspirationniste ».

Il est clair qu’en utilisant l’œil de la Providence pour illustrer son article et en qualifiant ma position de théorie du complot et de thèse conspirationniste le journaliste a induit le lecteur en erreur et nui à ma réputation.

Ce symbole discrédite d’emblée ma position, et les expressions « théorie du complot » et « thèse conspirationniste » mettent en doute mes capacités à effectuer un travail journalistique rigoureux et basé sur des faits, et non sur de simples croyances. Il met également en évidence le parti pris du journaliste pour la position adverse, un manque de respect pour mon point de vue, ainsi que des préjugés à mon endroit.

Le journaliste fait d’ailleurs une grave erreur en affirmant que je nie en bloc les événements du 11-Septembre 2001. Il écrit :

“Pourtant, une commission américaine s’est bien penchée sur les événements. Son rapport, publié en 2004, établit la version officielle des attentats.

Le 11 septembre 2001, des membres du groupe islamiste Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne pour commettre les attaques. Deux d’entre eux percutent les tours jumelles du World Trade Center au coeur de New York, qui s’effondrent. Un autre frappe le Pentagone, alors que le dernier s’écrase en Pennsylvanie.

Une version que refuse d’avaler Mme Lévesque, qui se décrit comme une ‘militante pour la vérité’.”

C’est complètement faux. Je n’ai jamais nié qu’il y a eu des attaques le 11-Septembre 2001, que des avions ont percuté les tours jumelles, ni que les tours se sont effondrées. Je ne me rappelle même pas avoir discuté du Pentagone ou de la Pennsylvanie. Le journaliste affirme que je nie tous ces éléments, alors que c’est faux.

Tout au long du texte, le journaliste contrevient, entre autres, aux articles suivants du Guide de déontologie :

3 b) Les journalistes doivent situer dans leur contexte les faits et opinions dont ils font état de manière à ce qu’ils soient compréhensibles, sans en exagérer ou en diminuer la portée. (Le fait d’omettre que l’on a fait disparaître la preuve dénature mes propos.)

3 c) Les titres et présentations des articles et reportages ne doivent pas exagérer ni induire en erreur. (L’utilisation dans le lead de l’expression « la théorie du complot la plus tenace de notre époque » induit en erreur et mine ma crédibilité dès le départ.)

3 g) Photos, graphiques, sons et images diffusés ou publiés doivent représenter le plus fidèlement possible la réalité. Les préoccupations artistiques ne doivent pas conduire à tromper le public. (L’utilisation de l’œil de la Providence conduit à tromper le public sur mes arguments en les associant aux théories du complot sur les Illuminés de Bavière.)

  1. Droits de la personne

Les journalistes doivent accorder un traitement équitable à toutes les personnes de la société. …Mais ils doivent en même temps être sensibles à la portée de leurs reportages. Ils doivent éviter les généralisations […] les préjugés et les angles de couverture systématiquement défavorables […] (L’article porte atteinte à mon droit à la réputation de journaliste indépendante en me présentant comme une « complotiste » et une « conspirationniste ». L’angle de la couverture est systématiquement défavorable.)

L’article de M. Pouliot contrevient également aux valeurs suivantes inscrites dans les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada :

Équité Au cours de la collecte d’information et dans nos reportages, nous traitons les personnes et les organismes avec ouverture et respect. Nous sommes conscients de leurs droits. Nous les traitons sans parti pris. (L’emploi de l’image associée aux théories du complot et des termes qui y sont associés démontre clairement un parti pris pour la position adverse.)

Équilibre Lorsque nous abordons des sujets controversés, nous nous assurons que les points de vue divergents sont reflétés avec respect. Nous tenons compte de leur pertinence dans le cadre du débat et de l’ampleur du courant qu’ils représentent. (La présentation de l’article et l’emploi fréquent de termes péjoratifs tels que « théories du complot », « thèses conspirationnistes » et « cercles conspirationnistes » font preuve d’une absence totale de respect envers mon point de vue, lequel est, par ailleurs, partagé par de nombreux citoyens canadiens. Un sondage effectué en 2011 par Canadian Press/Harris Decima a révélé que 42 % des Canadiens interrogés étaient d’avis que « des informations à propos du 11-Septembre étaient intentionnellement cachées », ce pourcentage atteignant 49 % au Québec.)

Impartialité Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l’expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l’objet d’un débat public. (Dans cet article et bien d’autres, le jugement des journalistes de Radio-Canada en ce qui concerne le 11-Septembre se fonde non pas sur des faits mais bien sur le préjugé tenace suivant : la remise en question de la version officielle des événements du 11-Septembre constitue la « théorie du complot la plus tenace de notre époque ». Non seulement il s’agit d’un préjugé, mais il est complètement illogique de prétendre qu’une constatation (des affirmations du gouvernement américain sont contredites par les faits) constitue une théorie. Il s’agit plutôt d’un fait aussi vérifiable et vérifié que 2+2 = 4.)

En terminant j’aimerais souligner que le journaliste savait et a omis d’informer clairement les lecteurs que je suis diplômée en journalisme de l’Université de Montréal. Gaétan Pouliot me présente comme « [c]ette Québécoise, qui a travaillé comme journaliste et chercheuse pour un média alternatif » et « qui a fait des études universitaires en langues et en sciences sociales ».

Compte tenu de l’aspect controversé du sujet et qu’il est question d’« habitudes de recherche » et de sources « de confiance », je considère qu’il aurait été essentiel d’informer les lecteurs que j’ai une formation en journalisme et que je suis donc formée et qualifiée pour effectuer des recherches et écrire des textes journalistiques basés sur des faits et des sources crédibles. Puisque tous les journalistes ne sont pas diplômés en journalisme, il me semble que M. Pouliot avait le devoir de le spécifier.

Vous avez récemment rendu une décision sur l’importance de présenter les invités des émissions d’information. Vous dites : « Il y a une quantité impressionnante de révisions de mes prédécesseurs au poste d’ombudsman qui plaident en faveur du même argument : la nécessité de bien identifier les invités de manière à ce que les auditeurs ou téléspectateurs puissent savoir qui leur parle, dans quelle perspective, avec quelles attaches. Cela découle tout autant de la valeur d’exactitude que de la mission de servir l’intérêt public. (Guy Gendron, Ombudsman des Services français de Radio-Canada, L’importance de la présentation d’une invitée (24/60), 18 août 2016.)

À la lumière de ce qui précède, je demande 1) que l’ombudsman de Radio-Canada reconnaisse que cet article porte atteinte à ma réputation; 2) un droit de réponse à cet article. Avec mes remerciements anticipés, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Julie Lévesque

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